La matière de l’absence
Symbolons (détail), 2024, Ninon Hivert ©Elise Ortiou Campion
Et si l'absence était une présence ? C'est l'intuition qui traverse cette exposition conçue par Emilie Fargues, directrice du PCC, réunissant deux artistes céramistes autour de ce que les corps laissent derrière eux lorsqu'ils se retirent. Non pas le souvenir, ni la représentation, mais quelque chose de plus troublant : une empreinte, un espace négatif où la forme de ce qui a disparu continue d'agir.
Asya Marakulina contemple les murs mitoyens des immeubles de Saint-Pétersbourg et de Vienne après démolition. Sur ces surfaces soudainement exposées au regard, les traces d'un intérieur disparu persistent : contours de pièces, restes de papier peint, conduites suspendues dans le vide. L'architecture porte encore l'empreinte de ceux qui l'ont habitée. Ses céramiques en font des portraits fragiles, où l'espace domestique survit à sa propre disparition. Chaque pièce est à la fois un constat archéologique et un acte de mémoire, une façon de donner une permanence à ce qui n'existe plus que comme trace.
Ninon Hivert recueille les vêtements abandonnés dans l'espace urbain et les traduit en sculptures de terre. Manteaux affaissés, gants vidés de leurs mains : autant de mues qui conservent la posture et le geste d'un corps absent. Ces carapaces vestimentaires, figées dans la céramique, deviennent une archéologie du quotidien contemporain, des fossiles de présence qui témoignent moins de ce qui est porté que de celui ou celle qui portait.
D'un côté l'enveloppe architecturale, de l'autre l'enveloppe textile. Deux manières de dire qu'un corps n'a pas besoin d'être là pour habiter un espace. Dans les deux cas, la céramique donne une permanence paradoxale à ce qui a disparu. L’espace négatif, celui du corps qui a habité, celui du corps qui a porté, devient le véritable sujet de l’œuvre.